Ce lundi matin-là est particulièrement difficile.
En route pour le travail, dans ma voiture je lâche le volant de la main droite pour tenter d'effacer de mes paupières la lourdeur d'une nuit trop courte.
Depuis une semaine, la petite se réveille toutes les nuits, terrorisée par des cauchemars.
Front en sueur, petit corps frêle debout pieds nus sur le tapis de la chambre.
Toutes les nuits vers quatre heures je m'extirpe de la chaude douceur de mon lit, traverse la maison et je monte à l'étage pour la prendre dans mes bras et la rassurer.
Je commence sérieusement à souffrir du manque de sommeil.
Comment vais-je survivre à ce lundi matin et à toute la journée qui m'attend? et à toute la semaine qui va suivre?
J'ai envie d'arrêter la voiture sur le bord de la route, de stopper le cours de cette journée qui avant d'avoir commencé me parait insurmontable.
Tout à coup, sur cette route de campagne , je vois les couleurs de l'automne qui pavent ce chemin de couleurs splendides, les feuilles affolées par le vent qui tombent comme des confettis sur mon pare-brise .
Le monde ce matin semble me dire:" On fait la fête!? tu es fatiguée? mais tu ne peux pas manquer toute cette beauté!"
En tournant la tête à droite , je vois un fermier , un genou à terre
sur son chemin gravillonné, qui prend dans ses mains la grosse tête poilue de son chien: il la secoue tendrement et lui offre un rude câlin. Le temps s'arrête.
Surprise! cette tendresse du matin! inattendue!
CADEAU!
Mon regard revient sur la route et un vol de canard triangulaire, pointé vers le sud me fait lever les yeux.
Surprise ! CADEAU!
Même à travers des yeux embués de fatigue, même sur cette route qui mène au travail, à encore plus de fatigue, je peux voir la beauté!
Je peux dire merci!
Tout
cela c'est pour moi, POUR MOI: CADEAU! toute cette beauté, tout cet
amour , juste pour moi ce matin, parce que j'ai bien voulu voir ce qu'il
y avait dans cet instant, que je le déballe avec la délectation d'un
enfant que tout surprend.
Mes yeux se remplissent de larmes de gratitude, de reconnaissance. Je sens le sourire de Dieu dans ce rayon de lumière qui rase le sommet des montagnes. Je sens son sourire bienveillant, qui m'enveloppe et me rassure.
Le soir au repas , la petite, celle qui fait des cauchemars toutes les nuits, me montre sa trouvaille: "oh maman, il y a un cœur dans ma noix!"
Oui! nous sommes aimés, même dans nos pires moments de doutes et de fatigues!
Il suffit juste de trouver le bon angle de vision qui me permettra de percevoir cet amour
Quand la perspective change la joie arrive.






